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Les outils pour travailler du mouton au chapeau.

par | Août 16, 2021 | 0 commentaires

Je voudrais te parler des outils que j’utilise pour le travail de la laine et la fabrication des chapeaux. Ce sont pour la plupart des outils anciens. J’aime tout ce qui est traditionnel et quoi de mieux que cette matière naturelle et ancienne qu’est la laine pour te parler de ces outils.

Quand j’ai commencé à récupérer la laine qui partait à la poubelle, il a bien fallu que je m’équipe pour pouvoir la travailler. Au début, j’ai commencé avec la laine des lamas d’un ami. Je l’avais aidé à tondre ses lamas en échange de la laine. Ça a été assez galère car il n’était pas équipé et n’avait pas nettoyé le sol avant de tondre. Du coup, dans la laine se sont accrochées de nombreuses feuilles et de paille. J’ai arrêté d’utiliser cette laine car elle contient trop de déchet que j’ai encore du mal à sortir.

Il a fallu que j’apprenne toute seule car il n’y avait pas beaucoup de livres de référence à l’époque. J’avais seulement une encyclopédie « Faites tout vous même » offerte lors de mes 18 ans.
On y trouve des tas d’indications sur comment construire un barbecue, s’occuper de poules, cultiver son potager, filer et tisser la laine ainsi que des teintures naturelles. Ce fut  une aide précieuse.

Mais revenons à nos moutons (ah ah ah ! ces expressions qui tombent à pic) ou plutot à nos outils.

Tondre les moutons

Les ciseaux

Les premiers outils que l’on utilise pour la laine sont les ciseaux pour tondre les moutons.

Ces ciseaux sont utilisés depuis très longtemps car on s’en servait déjà au temps des romains. Il y en a un exemplaire au musée de Grenoble que j’ai visité récemment. Ils sont composés de 2 lames plates. Les lames doivent être bien affûtés pour couper rapidement la laine sachant que l’on travaille dans une matière grasse et poussiéreuse.

La tondeuse

De nos jours, les tondeuses électriques ont remplacés les ciseaux. Pour être plus efficace, la tondeuse qui est relié à un moteur, est suspendue à portée de main du tondeur. Le tondeur a une main libre pour maintenir le mouton et de l’autre il manie la tondeuse avec dextérité. Il peut la lâcher si besoin, elle reste suspendu à coté de lui.

Les chaussons

Le tondeur travaille sur une planche en bois avec des chaussons en feutre. Ça lui permet d’avoir une bonne stabilité tout en lui permettant de coincer le mouton entre ses jambes. C’est par son jeu de jambes qu’il peut faire tourner le mouton dans tous les sens pour lui permettre de travailler d’une seule traite sans se faire mal au dos. Le mouton glisse sur la planche en bois car ses sabots n’adhèrent pas, Ça permet au tondeur de le faire tourner facilement, Un bon tondeur met 2 à 3 minutes par mouton. Les chaussons en feutre n’ont pas de semelle rigide car ils accrochent sur le bois et le tondeur peut sentir le sol sous ses pieds. Ces chaussons sont utilisé depuis des siècles.

Lavage et teinture

Laver la laine

Pour laver la laine, je fais ça dans l’évier de l’atelier.

Je préfère laver de petites quantités car c’est plus facile. Je fais plusieurs bains que je passe d’un bac à l’autre. La laine se lave assez facilement. C’est une opération que j’aime bien car elle donne les mains douces.
Pour essorer la laine, j’ai trouvé le truc de l’essoreuse à salade qui est vraiment génial avant de faire sécher la laine. J’utilise aussi l’essoreuse pour y passer les chapeaux que je viens de feutrer pour faire sortir un maximum d’eau avant de les mettre à sécher.

Teindre la laine

teinture de la laine

Pour teindre la laine, j’ai acheté une grosse gamelle qui ne me sert qu’à ça. Je teins aussi par petites quantités.

Pour peser la teinture, j’utilise un trébuchet qui me vient de chez mes parents. J’utilise très peu de poudre et ça me permet de la peser au milligramme.

J’avais vu mon frère filer au fuseau dans les années 70 et j’avais eu très envie d’apprendre sans oser lui demander. A l’époque, il avait fait des essais de teintures naturelles et ça puait dans l’appartement. Il a vite abandonné sous l’influence de maman.

Pour filer, j’ai appris toute seule et je n’y connaissais strictement rien.
J’ai donc cherché sur internet pour acheter du matériel et je suis allée voir sur ebay ce que je pouvais trouver en produit d’occasion.

C’est là que j’ai fait connaissance avec mon 1er rouet.

La dame qui le vendait m’a appris qu’elle ne l’avait jamais utilisée. Mes envies d’en savoir plus sont tombées à l’eau. Ce n’est pas elle qui allait m’aider. Elle m’a donné en plus de vieilles cardes à main. Je ne savais pas m’en servir et j’ai essayé un geste qui me paraissait naturel. Je ne sais pas si c’était le bon, mais ça avait l’air de fonctionner.

J’ai donc cardé la laine de lama après avoir passé un temps fou à sortir feuilles et brindilles.

Avec quelques difficultés, et en regardant le peu de vidéo qu’il y avait à l’époque, j’ai réussi à trouver le geste pour filer la laine. Je m’en suis servie pour tricoter des bonnets, un chapeau et des mitaines. Au début, je n’avais pas compris qu’il fallait 2 pelotes pour un fil et mon travail n’était pas satisfaisant. Je me suis plongée dans mon vieux livre.

Mais parlons des outils.

Le cardage

Les cardes à main

L’ustensile le plus simple pour carder, sont les cardes à main.
Les cardes sont faites de 2 plaques de bois rectangulaires munies d’un manche. Les faces internes sont munies de petites pointes légèrement recourbées. Pour carder à la main, on étale sommairement une touffe de laine sur une carde puis on la brosse progressivement. Au bout de plusieurs passages, il y a autant de laine sur les 2 cardes. On passe d’une carde sur l’autre une dizaine de fois.

C’est lors d’une exposition que j’ai découvert la cardeuse à rouleaux. En effet, la jeune fille à coté de moi, avait porté sa cardeuse pour avancer dans son travail.
J’ai donc acheté ma cardeuse chez un artisan anglais qui les fabrique lui même. J’avais encore le plaisir de faire travailler un artisan même si celui ci était un peu plus loin.

La cardeuse à rouleaux

La cardeuse à rouleaux est composée de 2 rouleaux différentes tailles où sont disposées des petites pointes recourbées. Elle comporte un plateau ainsi que d’une roue actionnée par une poignée. La laine est déposée en petite quantité sur le plateau. C’est en faisant tourner la roue à l’aide de la poignée que la laine est entraînée par la petite roue. Elle passe entre les 2 rouleaux et s’accroche sur les picots de la grosse roue avec laquelle elle est peignée. Les déchets les plus fins tombent entre les 2 roues. Les pailles restantes s’accrochent avec la laine sur le gros rouleaux et il faut les sortir à la main à l’aide d’une aiguille que je glisse entre les picots.

Pour  sortir la laine des rouleaux, il suffit de détacher la laine du rouleau en glissant l’outil pointu fourni avec la cardeuse  dans la rainure du gros rouleau et de sortir la nappe de laine dans le sens inverse des picots.

La cardeuse à balancier

Quand on a lavé la laine, il arrive très souvent que la laine se mette en paquet. C’est pour cela que j’ai acheté un banc à carder. Le banc à carder est un banc avec un balancier.

La cardeuse a longtemps été utilisée par les matelassiers. Je me souviens quand j’étais petite du matelassier qui passait au bas de mon immeuble. Les gens donnaient leur matelas à refaire. Le matelassier refaisait le cardage et l’on obtenait ainsi un matelas plus moelleux qui repartait pour de nombreuses années.

La position de ce banc est de s’asseoir en travers, une jambe de chaque coté, avec le balancier devant soi. Sur la partie avant du banc se trouve une série de gros clou incliné dans plusieurs sens. Le balancier comporte aussi des clous inclinés dans différents sens.
C’est en le faisant aller d’avant en arrière que la laine s’accroche aux premiers clous. Le balancement la fait progresser vers l’autre bout du banc en un nuage laineux. Le réglage de la hauteur du balancier pour une laine plus ou moins épaisse, est rustique mais efficace. Il comporte une roue dentée. C’est un ressort qui maintient la poignée et l’engrenage dans la roue pour maintenir la hauteur du balancier.

Le système est sommaire mais efficace.

Le filage

le fuseau

Il existe de nombreuses forme de fuseau. Depuis le simple bâton soigneusement poli pour éviter que la laine ne s’y accroche jusqu’aux jolis fuseaux en bois tourné, souvent renflé à la base ou dotés d’un pied en sphère ou demi-sphères.

Le fuseau tournant comme une toupie, il sera plus pratique si son centre de gravité est situé vers le bas. Un fuseau doit être muni d’une petite rainure au milieu pour y fixer le fil d’amorce. En haut, se trouve un système permettant d’accrocher et de décrocher sans difficulté le fil qu’on est en train de filer. Ce peut être une boule sous laquelle se trouve le fil, une encoche taillée en spirale ou un crochet en métal (c’est en filant au fuseau que se piqua la belle au bois dormant)

J’ai fabriqué mon fuseau alors que je n’y connaissais rien en regardant des images de différents fuseaux. Il fonctionne bien et c’est ce que je lui demande. Le fuseau est un outil rudimentaire qui s’adapte à beaucoup de critères.

Le filage est une technique rudimentaire mais difficile parce qu’elle est faite d’adresse. Il faut des gestes à la fois rapides, précis et doux. Le filage nécessite plus d’habilité manuelle que le tissage.

La quenouille.

Je n’en utilise pas. Elle permet à une fileuse expérimentée d’aller encore plus vite.

La quenouille est un bâton d’une cinquantaine de centimètre au sommet duquel on a fixé un anneau en osier ou 2 petits bâtons transversaux qui forment une croix. Elle permet de garder une grosse touffe de laine cardée à disposition. Le bout inférieur de la quenouille est passé dans la ceinture bien ajustée. Un ruban relie la quenouille à l’épaule gauche. Grâce à ce dispositif, la main gauche est libre et c’est elle qui tire la laine alors que la main droite fait tourner le fuseau.

Le rouet

En partant de laine cardée, le rouet permet de réaliser un fil de laine tordu et de l’enrouler ensuite sur une bobine. Cette technique de filage comporte donc 2 actions : l’étirage et l ‘embobinage.

Que ce soit le modèle du rouet (horizontal ou vertical) il comporte 3 parties distinctes :
Le châssis plus ou moins ouvragé selon les modèles

La partie matrice principalement composée d’une grande roue et d’une pédale génératrice d’un mouvement de rotation qui est le « moteur » du rouet

La tourelle ou la tête du rouet comportant principalement la bobine et l’épinglier permettant le filage de la laine.

Principe de fonctionnement

Pour comprendre le principe de fonctionnement, il faut détaillée la tête de l’appareil.

Vous trouvez un axe creux sur lequel se fixe l’épinglier muni des crochets de guidage de la laine. L’épinglier est une pièce en U permettant le passage de la bobine terminée par une collerette à gorge. Se place ensuite la petite roue. Cette mécanique est mise en mouvement par la courroie qui arrive de la grande roue.

L’axe, l’épinglier et la petite roue sont solidaires les uns des autres et tournent ensemble

La bobine et sa collerette sont indépendants de l’axe mais tournent également commandée par la courroie.

Quand le rouet fonctionne à vide, la bobine tourne plus vite que l’épinglier parce que la petite roue est plus grande que la collerette. C’est à cause de cette différence de vitesse que la laine filée s’enroule autour de la bobine.
Quand on file, la mèche de laine cardée arrive au centre de l’axe creux, ressort par l’œilleton passe derrière les crochets de l’épinglier et descend sur la bobine ou l’extrémité est fixée. On tient serré entre le pouce et l’index cette mèche de laine que l’on tire vers soi. La bobine et l’épinglier tournent à la même vitesse. La laine s’entoure sur elle même, se tend et se raccourcit. C’est le moment de lâcher du lest. La laine s’enroule sur la bobine. Dés que l’on exerce à nouveau une pression, cet enroulement cesse.

Retordre la laine consiste à tordre ensemble 2 ou 3 fils de laine. Le retordage nécessite un sens de rotation inverse de celui du filage. Le retordage permet d’avoir un fil chiné ainsi qu’un fil souple et solide.

Cette année, j’envisage de donner des cours pour apprendre à filer la laine et même la préparer. Abonne toi à ma newsletter et à ma  page facebook et instagram pour être au courant des formations.

La laine filée à la main est d’une souplesse et d’un moelleux incomparable. La laine filée est agréable mais ne peut servir de fil de chaîne dans le tissage car trop fragile mais fait un joli fil de trame.

Le feutrage

A sec

Comme je l’ai déjà expliquée dans un précédent article, on peux feutrer à sec avec des aiguilles en forme de harpons. C’est une méthode plutôt récente qui permet de créer des petites sculptures en ajoutant peu à peu de la laine. On travaille la laine un peu comme de l’argile.

Je l’utilise certaines fois pour faire des raccords ou pour fignoler un motif

Humide

Le feutrage humide est la technique que j’utilise pour faire mes chapeaux.

C’est grâce à l’eau chaude et aux frottements que l’on feutre la laine depuis des siècles.

Pour permettre aux écailles de la laine de s’ouvrir plus rapidement, le savon a remplacé le suint de la laine.

Il faut frotter la laine doucement au début puis de plus en plus fort.

J’utilise la plus souvent du plastique à bulles mais j’ai appris à feutrer avec des nattes de bambou.

Le travail de feutrage est long et fatiguant.

J’ai vu que certaines feutrières utilisaient une ponceuse électrique pour feutrer mais je n’aime pas. La ponceuse est bruyante et je n’aime pas les vibrations dans mes mains. Je pense qu’à l’usage, ce peux être mauvais.

Dernièrement, j’ai acheté un appareil en bois avec des roues dentées. Je l’ai utilisé sur peu de chapeaux mais pour le moment, j’en suis satisfaite.

La mise en forme

Le passage à la vapeur

Afin de mettre les chapeaux en forme, je fais comme les anciens, les cônes sont passés à la vapeur pour être étiré sur les formes en bois ou en plastique. 

C’est pour avoir beaucoup de place dans mon étuve que je m’en suis bricolée une avec un stérilisateur électrique et un grand barbecue. Cela me permet d’avoir un bon débit de vapeur et assez de place pour y mettre le chapeau avec éventuellement le moule si j’ai besoin d’étirer encore la laine feutrée. Il me sert surtout pour quand j’utilise des cônes achetés chez mes fournisseurs.

Quand la laine est passée à la vapeur, elle est beaucoup plus souple ce qui permet de l’étirer sur une forme à chapeaux.

Les moules à chapeaux ou formes.

Les formes sont des éléments indispensables pour une modiste.
Ils sont fabriqués en bois de tilleul (ou autre bois tendre mais résistant à la vapeur) par des formiers.

Les miens proviennent pour la plupart du grenier d’un cousin. En effet, il a racheté la maison d’une ancienne modiste. Travaillant dans le bois, il connaissait la valeur de ce trésor et l’avait mis dans son grenier avec l’intention de le donner à un musée. Les années sont passées et son trésor s’est oublié. C’est lors des obsèques de mon oncle que lorsque je lui ai dit que j’étais modiste qu’il s’est souvenu de ses formes et qu’il m’en a fait cadeau. Un très beau cadeau.

Il existe des formes pour les calottes mais aussi pour les bords. Certaines formes ont en même temps le bord et la calotte.

J’en possède aussi en plastique de forme plus moderne afin de confectionner borsalino, trilby et autre chapeau,

Le pied ou gigolo

Pour pouvoir étirer le cône de laine sur la forme, il faut qu’elle soit maintenue légèrement en hauteur. C’est pour cela que la forme est posée sur un pied appelé gigolo.

La forme possède un trou dans son centre qui s’emboîte dans le gigolo.

Argentiques, punaises et rotin

Après avoir étirer le feutre sur la forme, il faut la maintenir en place.

Des punaises en laiton (qui ne rouillent pas) maintiennent le feutre à sa base.

Pour conserver la forme du moule le temps du séchage, le motif du chapeau est redessiné sur le moule en faisant pression sur le feutre à l’aide de tige de rotin maintenue en place par des petits clous très fins et très souples appelés argentiques ou clou de vitrine.

Les clous sont enfoncés délicatement avec un petit marteau ou mieux si c’est possible à la main car ils se tordent très facilement.

Les finitions

Le formillon

Dans les outils fabriqués par le formier, se trouve un outil indispensable à toutes les modistes, Il s’agit du formillon.

Le formillon est un ovale aux dimensions de la tête. Il permet d’avoir un support pour faire les finitions mais il est aussi utlilisé quand on fait les chapeaux à main levé comme apprennent les modistes.

L’appareil à mesurer les chapeaux

Pour mesurer l’entrée de tête d’un chapeau , on utilise un appareil en cuivre (dont je ne connais pas le nom exact). C’est une tige de cuivre qui coulissent avec des poignées. L’appareil possèdent des graduations qui permettent de connaître la dimensions d’un chapeau.

L’écarteur

Pour agrandir un chapeau, il existe un appareil appélé écarteur. Les anciens sont magnifiques mais je n’en possèdent pas. Ils sont souvent utilisés comme décoration dans les maisons et ont pris de la valeur, Le mien est donc un appareil moderne plus petit et moins pratique.

La brosse à chapeaux

En finition de ton chapeau et pour l’entretien d’un feutre, un bon coup de brosse mais pas n’importe comment. La brosse est incurvée car elle est faite pour suivre le mouvement de la main et donner à ton chapeau ce joli mouvement arrondi que tu retrouves sur le dessus.

La machine à coudre et les fers à repasser

Et pour les finitions, la pose du gros grain et des décorations, j’utilise la machine à coudre et le fer à repasser à vapeur. 

Mais pour le feutre et le travail à la pattemouille, j’utilise le vieux fer à repasser de ma maman.

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